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Héraldique

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L'héraldique est la science du blason, c'est-à-dire l'étude des armoiries (ou armes). C'est aussi un champ d'expression artistique, un élément du droit médiéval et du droit d'ancien régime. Plus récemment elle a été admise parmi les sciences annexes de l'histoire au même titre que la sigillographie, la vexillologie, la diplomatique...

L'héraldique s'est développée au Moyen Âge dans toute l'Europe comme un système cohérent d'identification non seulement des personnes, mais aussi en partie des lignées (le blason pouvant être transmis par héritage en traduisant le degré de parenté) et des collectivités humaines, ce qui en fait un système emblématique unique en un temps où la reconnaissance et l'identification passaient rarement par l'écrit.

Apparue au XIIe siècle au sein des membres de l'aristocratie, elle s'est rapidement diffusée dans l'ensemble de la société occidentale: femmes, clercs, paysans, bourgeois, communautés... Par la suite, on s'en est également servi pour représenter des villes, des régions, des pays, des corporations de métiers.

Sommaire

[modifier] Création et évolution des blasons

La création des blasons bien que laissée à l'initiative de leurs futurs possesseurs, s'est vue, dès le début, se doter de règles plus ou moins strictes, visant à rendre l'identification efficace : lecture facile par l'emploi de couleurs franches tranchant les unes sur les autres, motifs de grande taille aux contours simplifiés facilement lisibles, et surtout unicité des armoiries (souvent non-respectée — plus par ignorance que par volonté de plagiat).

Cette volonté identitaire se traduit aussi par l'utilisation de symboles, rappels de faits marquants ou traductions de traits caractéristiques liés au possesseur (armes par allusion), ou même figuration du patronyme, n'hésitant pas devant l'à-peu-près, voire le jeu de mots (armes parlantes) (cf. ci-contre le « rébus Â» que constituent les armes de La Tour-du-Pin, commune de l'Isère).

Mais le blason n'est pas figé et il peut évoluer en fonction :

  • d'une alliance, où les blasons des alliés se réunissent pour n'en former plus qu'un, réunion codifiée par des règles traduisant le type d'union (voir plus bas « partition Â») ;
  • d'un héritage, qui impose parfois à l'héritier une modification (une brisure) du blason initial en fonction du degré de parenté ;
  • d'une distinction honorifique accordée par un suzerain, qui donne à un vassal le droit d'ajouter sur son blason un élément distinctif du sien (une augmentation) ;
  • ou même disparaître et être remplacé par un blason de substitution, quand le blason original a été « deshonoré Â» pour une action peu reluisante de son possesseur... ou d'un ancêtre du possesseur ! (voir à lion, lion couard, vilené etc.).


[modifier] Le blasonnement

Si l'écu accompagné de ses ornements, est la représentation graphique des armoiries, le blasonnement en est sa représentation verbale.

Né de la pratique des tournois, des hérauts (qui donneront leur nom à l'héraldique) et de la nécessité de constituer de véritables annuaires (les armoriaux) à double fonction de recueil d'identités et de dépôt d'exclusivité, à une époque où l'illustration, surtout en couleur est une entreprise de longue haleine, le blasonnement se développe en véritable langue, avec vocabulaire et syntaxe, étonnant de rigueur et de précision, permettant de décrire rapidement et sans ambiguïté les blasons les plus complexes.

L'identité héraldique, s'étant longtemps limitée aux éléments portés par l'écu, le blasonnement se contente souvent de ne décrire que celui-ci. Les ornements n'ont pris de l'importance que tardivement, et le blasonnement complet se doit de les intégrer.

[modifier] L'écu

[modifier] Forme de l'écu

Image:Formes-ecu.png
Principales formes d'écu

L'écu, c'est-à-dire le bouclier, support matériel du blason, n'a pas le même dessin selon le lieu ou l'époque, et peut revêtir des formes plus ou moins fantaisistes (voir ci-contre). Quelques remarques sur ces formes :

  • l'écu ancien, à trois côtés, (non représenté ci-contre) était dessiné non pas debout sur la pointe selon le mode classique, mais souvent posé sur son côté droit (« Ã  l'ancienne Â») ;
  • un des écus italiens, ovale, était porté par les ecclésiastiques et en France par les femmes mariées (mais aussi par beaucoup d'hommes à partir du XVIe) ;
  • l'échancrure de l'écu allemand permettait de supporter la lance. Il se rapproche de la targe très à la mode à la Renaissance.

Notes :

  • Théodore Veyrin-Forrer recense 24 formes différentes d'écus.
  • O. Neubecker (op. cit. ci-dessous) en présente plus d'une centaine, rangés par pays et par époques avec des datations certifiées pour la plupart (p. 76-77).

[modifier] Organisation de l'écu

Pour se situer sur l'écu, celui-ci est divisé en 9 zones appelées points de l'écu. Ces points sont identifiés par des noms, qui varient quelque peu selon les auteurs, exception pour le « point du centre Â» (5) nommé aussi « cÅ“ur Â» ou « abîme Â» (aussi écrit « abyme Â» ; voir l'expression « mise en abyme Â»).

Deux autres points, cités par tous, sont le « point d'honneur Â» (H) et le « nombril Â» (N). Mais si pour certains, il s'agit d'une surface équivalente aux premiers, placée à cheval sur 2 zones (cf. dessin), pour d'autres, il s'agit de points au sens géométrique, situés au milieu des frontières 2-5 et 5-8.

Quels que soient les auteurs, il y a symétrie d'appellation entre 1 et 3, 4 et 6, 7 et 9 où dextre pour 1,4 et 7 correspond à sénestre pour 3,6 et 9. — En héraldique, gauche (sénestre) et droite (dextre) sont celles du porteur de l'écu.

  • Point 1 : canton dextre du chef. (Duhoux D'Argicourt le nomme « Angle dextre du chef Â» qui désigne chez les autres auteurs l'angle matériel du bouclier) ;
  • Point 2 : point du chef. (De nombreux auteurs le nomment simplement « chef Â» mais ne confirment pas cette appellation dans leur définition de « chef Â») ;
  • Point 4 : point du flanc dextre (même remarque que pour chef) ;
  • Point 7 : canton dextre de la pointe. (Duhoux D'Argicourt comme pour 1, parle d'angle) ;
  • Point 8 : point de la pointe. La majorité des auteurs utilisent pointe seule (mais on retrouve plus souvent confirmation dans la définition de « pointe Â»). On trouve parfois pié.

Ces écarts de vocabulaire ou de définition sont en pratique sans conséquences pour le blasonnement — ce qui explique probablement pourquoi ces différences subsistent.

[modifier] Couleurs

Tous les composants du blason ont un attribut de couleur. Il s'agit de couleurs symboliques : ainsi le gueules se représente par un rouge, qu'il soit vermillon, écarlate, carmin ou autre, et les fourrures sont en fait des compositions bicolores.

Ces couleurs sont réparties en trois groupes : les métaux, les émaux et les fourrures (ou pannes). Il faut noter que certains auteurs utilisent d'une façon inverse les termes couleur et émail.

Ces couleurs font l'objet d'une règle d'héraldique importante dite « règle de contrariété des couleurs Â».

métaux émaux
Or
Image:Herald or.png
Argent
Image:Herald argent.png
Azur
Image:Herald azur.png
Gueules
Image:Herald gueules.png
Sable
Image:Herald sable.png
Sinople
Image:Herald sinople.png
Pourpre
Image:Herald pourpre.png
Fourrures
Hermine mouchetures noires sur fond blanc
Contre-hermine
ou poudré d'argent
Inverse de l'hermine (mouchetures blanches fond noir).
Vair alternance de clochettes bleues et blanches
contre-vair
vair inversé
vairé
quelques-unes des nombreuses variantes du vair
Image:Hermine.png
moucheture d'hermine
Image:Vair.png
Clochette de vair

[modifier] Partitions

L'écu peut être divisé en plusieurs parties égales, selon des lignes simples.
On appelle partition les différentes façons de diviser ainsi l'écu.

L'origine en serait la marque des coups reçus sur le bouclier lors des combats (les quatre partitions de bases - 1 : parti, 2 : coupé, 3 : tranché et 4 : taillé - étant parfois appelées « les quatre coups guerriers Â» bien que ces noms ne correspondent pas au vocabulaire de l'escrime médiévale).

Ces partitions de bases se combinent à l'infini, voir la page partition héraldique

En fait chaque élément se comporte comme un écu à part entière (et donc peut être partitionné à son tour), ce qui fait que les partitions se comprennent souvent mieux comme une réunion de plusieurs écus en un seul, plutôt que comme l'éclatement d'un en plusieurs.
Les éléments créés par une partition sont de tailles égales, mais n'ont pas le même « prestige Â» : ils sont hiérarchisés selon leur place : le prestige décroît de haut vers bas, et de dextre vers sénestre, et le blasonnement se fait selon cette hiérarchie.

Un usage très fréquent des partitions concerne la traduction héraldique des unions de toutes natures: mariages, fiefs annexés, etc. (voir « pannon Â»)

Ainsi l'union à deux se fera souvent par un parti (qui a pour effet d'écraser en largeur les figures et à souligner la préséance du dextre — ce qui peut être recherché) ou encore très souvent par un écartelé (qui ne déforme pas l'écu initial, et qui donne une union plus égalitaire : le plus et le moins prestigieux pour l'un, les deux intermédiaires pour l'autre)

l'union de Image:Blaz-dekstr.png avec Image:Blaz-hximero.png donnera, en parti : Image:Blaz-duon.png en écartelé : Image:Blaz-kvaron.png

Blasonnement : l'un : d'azur à la croix ansée d'or, l'autre : d'or à la chimère de sinople chevelée de gueules ;
donne : parti d'azur à la croix… et d'or à la chimère… ; et : écartelé au 1 et au 4 d'azur à la croix… et au 2 et 3, d'or à la chimère…
(la notion « plus égalitaire Â» est faible : le blasonnement est presque identique…)

La partition, bien sûr, peut n'être qu'un élément de « rédaction Â» du blason, comme dans celui de La Tour-du-Pin, ou le parti ne sert qu'à délimiter les deux cases du « rébus Â» (voir illustration plus haut).


Les partitions en éléments nombreux, comme l'échiqueté ou le losangé ou autre rebattements, relève plus d'un souci de décoration, et fonctionne plus comme une fourrure couvrant le champ entier.


[modifier] Charges

Peu d'écus sont de couleurs « pleines Â» (anciennement « plain Â»), la plupart sont agrémentés (chargés) par des motifs (charges) dont le but technique principal est de singulariser les armes.

Aux motifs géométriques élémentaires de départ (qui a constitué le groupe des « pièces honorables Â», à position sur le champ et à taille conventionnelles) sont venu s'ajouter une infinité de figures de toutes sortes : forme géométrique pure, être vivant animal ou végétal, réel ou fantastique, objet technique ou naturel.

Le dessin des charges est toujours très stylisé, parfois à l'extrême, sans effet de modelé, ni d'éclairage (couleur en aplat, parfois cernée d'un trait).

Les charges sont d'une seule couleur. Mais il arrive que des éléments d'une charge complexe soient d'une couleur différente (exemple : un lion rouge avec des griffes noires), il faut alors le préciser avec un vocabulaire approprié (lion de gueules armé de sable).

À la différence des partitions (qui délimitent des zones de même niveau) les charges se posent sur le champ ou sur une autre charge (elles chargent) constituant une épaisseur (dans les représentations soignées, cette épaisseur apparaît par une ombre portée sur le champ qu'elle charge, la lumière conventionnelle venant du devant en haut et à dextre -- convention de lumière qu'on retrouve dans le dessin d'architecture ou sur certaines cartes topographiques -- voir ci-contre l'ombre de la croix sur le champ).

Les charges peuvent être partitionnées si elles sont de grandeur suffisante et peuvent être agrémentées par d'autres charges. (Ci-contre une croix partitionnée : gironnée d'or et d'azur.)


Parmi les charges les plus répandues, outre les pièces honorables, on trouve la croix, le lion, l'aigle, la fleur de lys.

Le nombre pratiquement infini de charges a poussé un grand nombre d'héraldistes à proposer des classifications. À ce jour, aucune ne fait l'unanimité. Ces classifications n'intervenant pas dans le blasonnement, elles sont surtout d'un intérêt théorique.

[modifier] Informations complémentaires

[modifier] Voir aussi

[modifier] Projet wikipedia

[modifier] Liens externes

[modifier] Bibliographie

Une bibliographie raisonnée de l'héraldique mériterait un chapitre à elle seule, tant les références sont nombreuses…

  • Théodore Veyrin-Forrer, Précis d'héraldique, Larousse, 1951 (réédition 2000, collection « Comprendre et reconnaître Â», 200 p.)
  • Henri Jougla de Morenas, Grand armorial de France : catalogue général des armoiries des familles nobles de France…, Paris : les Éditions héraldiques, 1934-1952, 7 vol. ill. en noir et en coul.
  • Michel Pastoureau, Traité d'héraldique, Paris : Picard, 1993 ; deuxième édition, 407 p.
  • Michel Pastoureau, Figures de l'héraldique, Paris : Gallimard, 1996. In-12°, 144 p., ill. en noir et en coul. (coll. « Découvertes Â» n° 284)
  • Ottfried Neubecker, le grand livre de l'Héraldique, adaptation française de Roger Harmignies. Bruxelles : Elsevier Séquoia, 1977 ; réédité par Bordas. ~300 p. A4.
  • D.L. Galbreath et Léon Jéquier, Manuel du Blason, Lausanne, Éditions Spes, 1977, 344 p.
  • Pierre Joubert, L'héraldique

 

 

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